Ferme modèle Les Sorbiers

Bâtiments agricoles

1895 1895
Réalisé

Issu d'une quatrième génération d'architectes, Auguste-Charles Vivroux est prolifique et pratique les styles. S'il opte parfois pour du Louis XV modernisé, il s'inspire ici du Tudor Revival,affichant l'idéal de la Renaissance anglaise au prisme des Arts and Crafts.

Pour Josse Gihoul, qui vient d'ériger une première ferme à Frahinfaz – copromoteur douze ans plus tard de Spa-Extension –, il en conçoit une autre,véritable contre-projet à la première, également implantée dans la fagne des sources du Petit Chawion ; il fait drainer 30 ha, creuser des puits, planter des chênes, édifier des clôtures. 

L'implantation résulte d'une inversion du plan d'une première série de propositions. Dominé par le corps de logis à la grammaire architectonique décantée, prolongé par un volume abritant étable, porcherie et poulailler, l'ensemble compte deux autres ailes, respectivement une grange avec entrée cochère et un hangar (rapidement transformé en logement), prolongé par trois boxes, le tout formant une cour ouverte à l'ouest. 

Un soin particulier est apporté aux détails en élévation : chaînes d'angle harpées, deux porches hors-œuvre (le plus grand construit plus tard), fenestrage à croisées de meneaux de bois ou de pierre, corps de cheminées en briques articulant volumes et toitures, pans de bois au premier étage avec doubles murs et remplissages légers cimentés et peints. 

L'agencement des toitures résulte du traitement des façades : quatre pignons (certains à ressauts, tous avec croisées), dont deux en miroir inversé, le troisième symétrique marqué par un oriel à deux étages et combiné au quatrième dans une savante asymétrie cette fois. 

La construction des autres bâtiments répond à leurs affectations propres, tout en étant plus systématique. Le pittoresque tient à la variété des solutions constructives et à la maîtrise de l'interpénétration des volumes. Une pierre sculptée encastrée dans la tourelle porte les indications « J. G. 1895 ». La princesse Clémentine et le prince Napoléon résidant aux « Sorbiers » avant la Première Guerre mondiale,des plans dessinés par Vivroux en 1910 attestent la transformation des locaux pour le bétail en pièces de séjour, la rehausse sud ajoutée pour trois chambres. 

Après 1920, le petit porche hors-œuvre côté cour est remplacé par un autre, plus grand, dans l'axe du pignon du hall. 

En 1901, Vivroux dessine une maison de garde, nouvel exercice de style Tudor Revival, mais qui reste sur papier. Il réalise une autre ferme, dite « de la Couturelle », en 1910 à Lompret (Chimay), tout aussi préservée.


 

Raymond Balau

Sources
Les Vivroux : une dynastie de cinq générations d'architectes à Verviers (1820-1905), Université de Liège, Faculté de Philosophie et Lettres - Histoire de l'art et archéologie, 1988-1989, p.128.
Lejeune A., «Frahinfaz» dans Histoire et archéologie spadoises, n° 54, 1988, p.71-77.
Archives CRMSF, Fonds Vivroux.