Ouvrages d'approche et équipement du pont des Ardennes

Ponts et passerelles

1954 1954
Réalisé

Ce « pont urbanisé », selon Pierre-Louis Flouquet, est exceptionnel par son implantation, sa conception technique et l'intervention de Roger Bastin. 

Sur un emplacement conciliant enjeux locaux et nationaux, les Ateliers de construction de Jambes-Namur décrochent une commande hors norme, conditionnée par l'interdiction de piles en eaux à l'aval du Confluent, remportée grâce à l'acier A52 (non soudable sur chantier !) pour une partie des œuvres vives, avec montage en encorbellement. Conséquences : record national de portée avec 143 m entre appuis centraux, d'élancement à 1/60, poutres-caissons avec travées d'équilibre ancrées dans les rives, mais aussi anachronisme de 400 000 rivets ! 

Roger Bastin résout les connexions entre génie civil et inscription paysagère en architecturant ouvrages d'approche et équipements : ni talus, ni rupture route-pont, ni garde-corps traditionnel, ni mâts d'éclairage.

Les poutres d'équilibre sont soulignées par des massifs de pierre de taille calcaire prolongés sous les rampes d'accès par des jeux subtils de courbes et d'obliques, la continuité visuelle tenant à un garde-corps révolutionnaire en fonte de fer, de 400 m au total, formé de paires de fuseaux gauches dans l'espace, encastrés à la base et effilés en tête, reliés par la main courante. Étudié pour les perceptions visuelles dynamiques, il est tangentiellement opaque et transparent perpendiculairement, avec un effet moiré anticipant l'art optique et cinétique, effet accentué par les couleurs choisies par Yvonne Perin (« un bleu pâle et un jaune soufre »). Ce chef-d'œuvre doit sans doute quelque chose à l'architecte Jacques Dupuis. Un éclairage longitudinal étudié par les ACEC et incorporé au garde-corps du pont même n'a pas duré. 

Le Cheval Bayard d'Olivier Strebelle n'est arrivé qu'après l'Expo 58 et, plus tard, deux mâts de type autoroutier ont suppléé aux carences d'éclairage, une voie sur berge rompant la continuité jardin-plan d'eau. 

Après rénovation en 1990, une intervention lumière inappropriée est commandée à Yann Kersalé, puis laissée à l'abandon, tandis qu'atterrit sur le giratoire rive gauche une pseudo-sculpture folklorique. 

L'enfouissement d'un vortex INASEP et une portion de RAVeL aggravent l'encombrement des lieux, mais l'essentiel subsiste, en attente d'une autre rénovation peut-être assortie du classement d'un ouvrage pionnier du design industriel, selon Robert L. Delevoy : « Autorité de la technique, noblesse de la forme. »

Raymond Balau

Sources
Boton Ch., «Le nouveau pont-route sur la Mese à Namur dit "Pont des Ardennes"» dans L'Ossature métallique, n° 7-8, juillet-aout, 1954.
Balau Raymond, «Pont des Ardennes à Namur. De Roger Bastin à Yann Kersalé : questions de paysage» dans A+, n° 146, Bruxelles, 1997, p.80-83.
Balau Raymond, «Namur, 1946-1954. Le pont des Ardennes et Roger Bastin» dans Études et Documents, n° 12, Namur : SPW-DGO4, 2011.