La maison s'implante sur un terrain haut perché du fort Saint-Antoine construit par Vauban en 1692 pour protéger le nord de la ville. Le haut mur retenant les terres et quelques fortifications de l'ancien chemin de ronde témoignent encore de ce passé militaire.
Les maîtres de l'ouvrage achètent ce terrain à un pharmacien, dont l'officine était située dans le centre et qui profitait là d'un jardin et d'un verger avec une vue imprenable et un ensoleillement idéal. Y bâtir une habitation s'avère audacieux.
L'architecte réalise un projet sur mesure pour la famille de son fils, mais sa faisabilité va dépendre des fortes contraintes du terrain, et ce, tout au long du chantier. La roche s'avérant extrêmement dure, elle limite fortement l'intégration au site. Finalement, seul un petit garage est creusé dans le mur de soutènement jusqu'à sa connexion au fût vertical qui distribue tous les niveaux de la maison. Le terrain devient littéralement la matière dont elle émerge, idée que soutient l'architecture par un socle en pierre calcaire qui réalise sa mise à niveau.
La composition du plan est rigoureuse, mais sans systématisme, avec des doubles hauteurs au niveau de l'entrée et du salon. L'habitation est subdivisée en deux parties formellement identifiables, mais dont on ne perçoit que les sommets depuis la rue en contrebas : un volume à toit plat abritant les services, côté rue, et un volume d'un seul versant accueillant les lieux de vie, au niveau du jardin, et trois chambres à l'étage qui s'ouvrent sur un balcon courant sur toute la longueur.
L'ossature en bois est réalisée avec le charpentier Gérard Meunier qui n'avait alors construit que deux chalets et dont l'entreprise familiale s'est depuis lors spécialisée. Le choix d'une structure légère en OSB ainsi que le revêtement en cèdre en façade présentent deux grands avantages : la modularité de l'espace intérieur, mais surtout la « facilité » du transport et du montage, les matériaux devant être acheminés manuellement sur le plateau.
Quelques phases délicates ont malgré tout impliqué la fermeture de la rue, et certains incidents, dont l'effondrement d'une partie du mur de soutènement notamment, se racontent comme d'amusantes anecdotes.
Cécile Vandernoot