Roque-Gourary Dita
Petrograd, 1915 – Bruxelles, 2010
Dita Roque-Gourary (1915-2010) est une des premières femmes à mener une carrière d’architecte en Belgique. Elle naît en Russie dans une famille juive, qui se voit contrainte de fuir vers l’Italie puis l’Autriche à la suite de persécutions antisémites. Dita Gourary mène alors sa scolarité à Vienne puis s’inscrit dans un cursus d’ingénieur architecte à la Technische Hochschule.
En 1937, elle suit un stage d’un mois à Bruxelles chez l’architecte moderniste Stanislas Jasinski. Un an après, elle s’installe définitivement à Bruxelles où elle poursuit ses études d’architecture à La Cambre jusqu’en 1940. Elle est alors la cinquième femme à terminer cette formation au sein de l’école. Elle y entame également des études d’urbanisme, mais est contrainte de les interrompre à la suite de l’occupation nazie en Belgique. Elle doit alors se cacher jusqu’à la fin de la guerre pour échapper à la déportation.
La guerre terminée, Dita Gourary entame jusqu’en 1948 une collaboration avec l’architecte Jean Nicolet-Darche, avec qui elle avait mené ses études. Ensemble, ils réalisent de petites habitations comme le pavillon Decant à Waterloo ainsi que plusieurs aménagements de boutiques de vêtements. En 1950, elle se lance comme architecte indépendante.
Jusqu’en 1962, elle conçoit principalement des maisons et des aménagements de boutiques, notamment pour une clientèle juive et bourgeoise du sud de Bruxelles. Elle réalise, par exemple, un pavillon de mode pour une marque israélienne ainsi que les intérieurs de l’agence d’aviation Shoham. Dans un second temps, elle ne conçoit plus de bâtiments neufs, mais se spécialise en rénovation et restauration. Dans ce cadre, elle réaménage notamment une maison de Louis-Herman De Koninck avenue du Fond’Roy à Uccle.
Bien qu’il existe quelques contre-exemples dans son œuvre, dont un petit immeuble à appartements à Schaerbeek, son architecture est relativement traditionnelle et loin du modernisme affiché par certain.e.s de ses contemporain.e.s.
Très peu de ses réalisations ont été publiées dans des revues d’architecture. Sa médiatisation a surtout été liée à son militantisme et son engagement en faveur des architectes femmes. Membre active de l’Union internationale des femmes architectes (UIFA) dès 1969, elle fonde sa branche belge, l’Union des femmes architectes de Belgique (UFAB) en 1978 et en sera la présidente jusqu’en 1983.
Élisabeth Gérard
Bibliographie
GÉRARD, E., Premières architectes femmes en Belgique : trajectoires des diplômées de La Cambre Architecture (1930-1950), mémoire sous la direction de Véronique Boone, Université libre de Bruxelles, 2022. JONKERS, A., LUND, I. (dir.), Inventaire du Fonds Judith Gourary-Roque, Archives et Bibliothèque d’architecture de l’ULB, 2020.
VINCENT, P.-E., BURNIAT, P., La Cambre a 60 ans, Bruxelles, Institut supérieur d’architecture de la Communauté française – La Cambre, 1987, p. 66-67.